Ce que croient les protestants Réformés

Le fondement du christianisme n’est pas un principe abstrait, une doctrine, une idée généreuse ou des dogmes, mais une personne, Jésus-Christ, dont la Bible nous transmet les enseignements dans le Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance. Et le juif Jésus-Christ s’inscrit dans l’histoire de son peuple qui nous est relatée dans la première partie de la Bible, l’Ancien Testament ou Première Alliance.

Ce fondement, cette pierre d’angle, Jésus-Christ, est commun à l’ensemble du christianisme, qu’il s’agisse du catholicisme, de l’orthodoxie, de l’anglicanisme ou du protestantisme. Comme l’écrit Roland de Pury, « Le protestantisme a finalement pour seule caractéristique la volonté d’être la forme pure et simple du christianisme ».

On l’a vu dans la partie historique, la date de naissance du protestantisme est fixée en 1517 au moment où Martin Luther, en affichant ses 95 thèses contre le commerce des indulgences, prend ses distances d’avec l’Eglise romaine qui s’est éloignée des enseignements du Christ.

Le religieux Luther voulait réformer l’Eglise de l’intérieur mais il sera excommunié.

Cette séparation représente donc une autre voie voulue par les Réformateurs (Luther, Calvin, Zwingli, …) comme un retour aux sources.

Un homme, une femme, une chose.

Le Professeur L. Gagnebin formule de manière lapidaire la distanciation des Réformateurs d’avec le catholicisme : il s’agit d’un triple refus, celui d’un homme, d’une femme, d’une chose.

Les protestants ne reconnaissent pas la primauté et l’autorité du pape, du chef des catholiques, car Jésus-Christ est le seul chef de l’Eglise. Le protestant ne reconnaît à aucun humain le droit de conduire sa vie à sa place, de lui dicter sa conduite ou diriger sa conscience : c’est le libre arbitre défendu par Luther. C’est Dieu seul qui est maître de nos vies et aucune autorité humaine ne peut se substituer à Lui. Les protestants n’acceptent donc pas l’infaillibilité pontificale, dogme qui n’a été institué qu’en 1870.

La « succession apostolique » est également une notion étrangère aux protestants car la fidélité de la mission confiée aux apôtres n’est nullement garantie par la succession en chaîne des évêques : bien des papes ont été de pâles imitateurs, pour ne pas dire des imitateurs infidèles du Christ. Celui-ci est l’unique grand prêtre de la Nouvelle Alliance et il n’est donc pas nécessaire de constituer une nouvelle classe de clercs aux pouvoirs sacrés. Nous sommes tous des prêtres, des serviteurs du culte rendu à Dieu, c’est le « sacerdoce universel ».

La mère de Jésus, Marie, est certes un modèle d’obéissance, de générosité, de dévouement. Elle est une sœur en humanité qui a connu des joies et des peines comme chacun(e) d’entre nous, et plus que nous. Les protestants la respectent, lisent, méditent et chantent le Magnificat (Luc 1, 46-49), acte de foi remarquable de celle qui a été bousculée dans sa vie comme nulle autre à cause du Seigneur. Toutefois les protestants rejettent son prétendu rôle de médiatrice qui en ferait une intermédiaire nécessaire entre Christ et nous. Nous refusons ce culte marial qui dérape trop souvent dans la superstition. Le dogme de l’Immaculée Conception promulgué par Pie IX en 1854 (Marie préservée de la tache du péché originel) et, un siècle plus tard, le dogme de l’Assomption (Marie, prise corps et âme dans la gloire céleste) ne sont étayés par aucun texte biblique et donc rejetés par les protestants. Marie est servante remarquable du Seigneur, mais pas « Reine du Ciel » !

Ce n’est qu’au VIème siècle que la notion de « renouvellement du sacrifice » a été introduit dans la messe catholique et confirmée par le Concile de Trente au XVIème siècle. Le sacrifice a été accompli une fois pour toutes et il n’est donc pas nécessaire d’offrir à Dieu le renouvellement de ce sacrifice. Les protestants prennent la Cène sous les deux espèces (pain et vin) et voient ici le mémorial du sacrifice de Jésus-Christ : la communauté rassemblée se souvient et réactualise, en communion avec le Christ et les uns avec les autres, la passion du Seigneur, sa mort et sa résurrection, et anticipe sur le repas qui sera pris dans le Royaume à venir. Mais le pain et le vin restent pain et vin, supports de la communion spirituelle entre les participants rassemblés en cercle autour de la Table de communion.

Les communautés protestantes pratiquent « l’hospitalité eucharistique » : tout qui discerne dans le pain et le vin la présence du Ressuscité est le bienvenu à la Sainte Table puisque c’est le Christ qui invite. L’eucharistie (= action de grâce ») est le lieu de la communion par excellence mais la tradition catholique n’accepte pas qu’un protestant communie à la messe.

Certains groupes œcuméniques n’hésitent cependant pas à passer outre aux injonctions de l’Eglise catholique.
Nos Eglises célèbrent le Repas du Seigneur selon des rythmes divers : pour certaines Eglises, quasi tous les dimanches, pour d’autres une, deux ou trois fois par an, selon les décisions du Consistoire (organe qui assure avec le pasteur la gestion spirituelle de l’Eglise).

Trois principes affirmatifs de la Réforme

Tous les protestants affirment trois principes fondamentaux : l’Ecriture seule – la Foi seule – la Grâce seule.

L’Ecriture seule : l’autorité de la Bible est souveraine en matière de foi ; ce n’est pas l’Ecriture qui doit être soumise aux injonctions, aux « dogmes » de l’Eglise ou à une « Tradition », mais c’est l’inverse, l’Eglise doit être soumise à l’Ecriture. Pour découvrir la volonté de Dieu, seule la Bible fait autorité. Par l’Ecriture seule je découvre l’amour infini de Dieu pour moi. L’importance de la Bible se manifeste dans les temples où elle est généralement grande ouverte sur la Table de communion, orientée vers l’assemblée et, autour, absence de statues ou d’images, seule une croix nue (Christ n’est plus sur la croix puisqu’il est ressuscité) pend au mur, afin de faciliter la concentration sur la Parole lue depuis la chaire ou sur la prière. L’étude biblique, personnelle et collective, est (était ?) caractéristique du protestantisme. Les protestants sont aussi attachés à la formule latine Ecclesia reformata semper reformanda, l’Eglise réformée par la parole de Dieu doit toujours se réformer à nouveau par la Parole de Dieu.

La grâce seule : c’est la plus fondamentale affirmation de la Réforme. Ce ne sont pas nos mérites ou nos œuvres qui nous sauvent, mais nous sommes justifiés, nous devenons justes devant Dieu par grâce, à cause du Christ et par la foi, la confiance en Lui. Le salut vient donc de Dieu, ce qui nous oblige à beaucoup d’humilité. Il « suffit » de croire pour recevoir le pardon et le salut, nos efforts de sainteté n’y changeront rien (C’est par grâce que vous êtes sauvés Eph 2, 5).

La foi seule : ayant découvert l’amour de Dieu pour moi par l’Ecriture seule, bénéficiaire de sa grâce, de sa faveur et de sa bienveillance, il me faut répondre par la foi seule. Mais la foi, ce ne sont pas des émotions religieuses, ce n’est pas non plus un ensemble de croyances, d’opinions et de doctrines. Bien sûr la foi implique des croyances et suscite des sentiments, mais la foi surgit quand Christ établit avec moi et moi avec Lui une relation vivante et personnelle. Il s’agit donc d’une rencontre avec le Tout Autre, d’un événement où Dieu prend l’initiative, Dieu appelle et l’homme répond et « entre {ainsi} dans l’intimité de Dieu » (A. Gounelle).

On pourrait terminer ici l’exposé des principes et fondamentaux de la foi réformée ; mais de ce qui précède découlent une série de valeurs qui sont chevillées au corps des protestants. Parmi d’autres nous en citerons cinq.

–          Liberté de conscience : « … Je suis lié par les textes scripturaires que j’ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu ; car il n’est ni sûr ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Je ne puis autrement, me voici, que Dieu me soit en aide », aurait dit Luther à la Diète de Worms. Ainsi sont proclamés les droits de la conscience ; non pas une sorte de droit à l’anarchie individualiste, comme on l’a parfois caricaturé, mais un combat intérieur à la lumière de l’autorité de l’Ecriture pour découvrir toujours à nouveau, la volonté divine au-delà des contingences humaines. Pas d’index, d’imprimatur ou de nihil obstat chez les protestants : la liberté de recherche dans les domaines biblique ou scientifique ne peut être bridée a priori. Cette liberté peut donner le vertige, elle n’est pas simple à assumer mais elle découle de cette libération que le Christ nous offre à travers ses enseignements. –          Responsabilité : il n’y a pas de liberté sans responsabilité. L’homme libre est responsable de ses paroles, de ses actes : en tout temps, à toute occasion il doit pouvoir rendre compte de ses choix, de ses options, de ses convictions. Il faut accepter de s’exposer, donc se rendre fragile et oser s’engager ou résister selon les circonstances.

–          Pluralisme : la liberté de conscience entraîne automatiquement une pluralité d’opinions, de prises de position. Chez les réformés il n’y a pas de prêt-à-penser qui ferait d’eux un bloc monolithique. C’est à la fois leur force et leur faiblesse car il est quasi impossible de ranger sous une seule bannière les positions des réformés sur des sujets politiques (on trouve des protestants dans tous les partis), éthiques (les débats font rage sur l’homosexualité, l’avortement, l’euthanasie,…), économiques (les libéraux se confrontent aux adeptes du socialisme…). Mais pour tous la culture du débat reste une valeur essentielle.-          Un esprit démocratique : par rapport à la structure pyramidale de l’Eglise catholique, le protestantisme se veut davantage démocratique. Chez nous, pas de hiérarchie, pas de pouvoirs particuliers réservés aux pasteurs, mais une organisation démocratique aux niveaux local, régional ou national : chaque fois, après débats, les décisions sont votées par des assemblées où les pasteurs ne peuvent jamais être plus nombreux que les laïcs. Toutes les fonctions sont exercées pour des durées limitées, y compris le pastorat qui n’est pas réservé aux seuls hommes. Sans doute le cléricalisme et l’autoritarisme peuvent toujours menacer mais le système synodal réformé a prévu de solides contrepoids à ces éventuelles dérives. Cet esprit démocratique a permis l’éclosion d’un esprit de tolérance et de défense des droits de l’Homme, domaines dans lesquels se sont distingués bien des protestants.

–          La simplicité, l’humilité, la discrétion : les cultes réformés sont généralement austères, le protestant se méfie de l’apparat, du clinquant, du feu d’artifice vite éteint. La notion évangélique de pauvreté, d’ascèse, transparaît dans sa tenue vestimentaire, dans ses rapports avec l’argent, dans ses dépenses alimentaires, ses loisirs… car il redoute le faux-semblant, l’artificialité, la vanité. Mais il préfère cultiver l’authenticité, la sincérité. Ce qui fait que même des protestants de haut vol restent souvent méconnus.

Mais surtout n’allez pas croire que tous les protestants seraient dépositaires de toutes ces vertus ; ils restent humains, vous aurez donc la chance ( ?) de rencontrer chez eux autant de salauds et de héros que dans tout autre groupe humain.

Pour plus de détails, on lira utilement le livre de L. Gagnebin et A. Gounelle, « Le protestantisme, ce qu’il est, ce qu’il n’est pas », La Cause, 6ème Edition, 1995.