Les ‘gueux’

Dès les premières manifestations de la Réforme, les autorités civiles et religieuses avaient réagi en publiant de nombreux édits – les placards – contre ce qui était considéré comme une hérésie. Dès 1527, le peintre Bernard van Orley fut condamné pour hérésie. Sa statue est érigée au Petit Sablon à Bruxelles où il trône avec d’autres protestants célèbres : Guillaume de Nassau le Taciturne, dans le palais duquel Dürer séjourna en 1520 et dont il reste un dernier vestige : la chapelle de Nassau, jouxtant la bibliothèque Albertine ; Henri de Bréderode, le Grand Gueux ; le Botaniste Rembert Dodonée ; les géographes Gérard Mercator et Abraham Ortélius, auteur du premier atlas ; Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, militaire et poète, théologien et pédagogue.

Le 14 octobre 1529, tous les inculpés étaient condamnés à la peine de mort et à la confiscation des biens ; l’Église romaine réorganisa l’Inquisition et Charles-Quint créa une inquisition d’État. Des milliers de suspects furent arrêtés et exécutés. De nombreux réformés furent incarcérés dans la prison qui se trouvait dans une rue derrière l’Hôtel de Ville de Bruxelles.

Par dérision, on l’appela “l’Amigo” car beaucoup y furent étranglés et peu parvinrent à en sortir, comme ce traducteur du Nouveau Testament en espagnol, Jacques Enzinas, qui relata dans ses mémoires sa vie à l’Amigo.

Sachez donc qu’en ce qui concerne la lecture du Nouveau Testament en espagnol, on ne peut rien en dire ou estimer qui soit en désaccord avec ce que vous avez pu lire dans le livre que je vous avais proposé. Cette lecture du Nouveau Testament a toujours été regardée par les catholiques comme la grande cause d’où sont nées les hérésies dans l’Église. C’est avant tout par le moyen de l’interdiction de cette lecture que nous avons gardé notre Espagne pure et intacte de la souillure des sectes. C’est donc avec une singulière audace, François, que contrairement aux lois impériales, contrairement à la religion, contrairement à l’affection qu’on doit à son pays et plus particulièrement à celle que vous devez à votre cité, qui abonda toujours en hommes saints, vous avez entrepris ce qui est une impiété : répandre une version du Nouveau Testament. Assurément, c’est un crime détestable que de mépriser l’autorité du plus grand monarque du monde, une abomination que d’outrager la religion, de ne tenir aucun compte de l’affection qu’on doit à sa patrie et de porter atteinte à son honneur et à sa pureté par un funeste exemple de nouveauté. Ce crime n’est pas ordinaire et mérite plus que la seule peine de mort. Mais il y en a d’autres en vous et non moins exécrables. J’ai appris que vous avez séjourné en Allemagne chez Philippe Mélanchthon et que vous avez même l’habitude de vanter sa science et ses vertus, ce qui, à soi seul, chez nous, vaut déjà le dernier supplice…