Les Églises protestantes aux XVIIe et XVIIIe siècles dans nos régions

Les archiducs Albert et Isabelle s’efforcèrent d’éliminer les protestants en promulguant des placards, en favorisant les ordres religieux (notamment jésuites), en réduisant à merci la ville d’Ostende et en dispersant les dernières communautés mennonites de Zomergen et Lovendegem. Mais au cours du “siècle de malheur”, quelques îlots protestants subsistèrent aux Pays-Bas espagnols dans les villes, par exemple à Bruxelles, où les ambassades d’Angleterre et des Provinces-Unies possédaient un chapelain ; à Anvers, où “l’Olivier brabançon” se réunissait dans l’atelier de Jacques Jordaens ; à Hodimont-Verviers et à Eupen ; mais aussi dans les campagnes, à Horebeke, où la communauté constituée de gens du terroir s’appelait “l’Olivier flamand” et a subsisté jusqu’à nos jours ; à Rongy sous le nom de “l’Olive” ; ainsi que dans le Borinage et dans le Namurois.

À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, les guerres contre Louis XIV pour la succession d’Espagne amenèrent chez nous les troupes anglo-bataves du général John Churchill, duc de Marlborough, qui favorisèrent les réformés. C’est pendant cette période exceptionnelle de tolérance que furent construits les anciens temples d’Eupen, inauguré en 1718, et de Hodimont, consacré en 1711 (ils existent toujours, mais ont été transformés en presbytères).

Cette situation prit fin lors du 3ème Traité de la Barrière en 1715 bien que les Provinces-Unies eussent tenté d’obtenir la liberté de conscience dans nos provinces. Celles-ci passèrent des Habsbourg d’Espagne aux Habsbourg d’Autriche. Toutefois la liberté de culte fut reconnue aux soldats des garnisons hollandaises et des temples furent ouverts à Namur, Tournai, Menin, Furnes, Warneton, Ypres et Termonde. Pendant tout le XVIIIe siècle, les protestants belges profitèrent de la présence des aumôniers militaires pour faire célébrer les actes ecclésiastiques, qui parfois tournèrent au tragique. Ainsi à Dour en 1750, Gilles Laurent fut attaché à la queue d’un cheval et traîné sur la route : c’est de cette manère que mourut le dernier martyr protestant belge.

Seuls les réformés d’Outre-Meuse et de Lommel jouissaient d’une totale liberté, car ces régions avaient été cédées aux Provinces-Unies à la suite du traité de Munster.