L’émigration ou le refuge à l’étranger

Dès l’origine de la Réforme, des protestants préférèrent l’exil à la mort. Le premier à s’enfuir à l’étranger en 1522 pour éviter le bûcher fut le prieur des augustins d’Anvers, Jacques Præpositus. Pendant tout l’Ancien Régime, il y eut des expatriés pour cause de religion, mais les départs massifs se situèrent surtout au XVIe siècle. On estime que l’émigration toucha près de 250 000 personnes.

Tous ceux qui voulaient se soustraire aux poursuites ne quittèrent pas le pays ; certains se réfugièrent dans les Pays-Bas du Nord, libérés par les Gueux. Tandis que les Flamands se fondaient dans la population de langue néerlandaise, les francophones y créèrent 35 “Églises wallonnes”, qui constituèrent un Synode particulier au sein des Églises réformées des Provinces-Unies ; 16 de ces Églises subsistent encore aujourd’hui.

En Angleterre, grâce à la protection du roi Édouard VI, une première Église d’étrangers s’établît à Londres vers 1547. Sous Élisabeth, huit Églises wallonnes et treize Églises flamandes furent érigées. Elles formèrent deux colloques, puis un Synode en 1604.

En Allemagne, vingt communautés wallonnes et treize flamandes furent créées, notamment à Emden, Wesel et Francfort, puis au Palatinat. Le Synode national d’Emden, en 1571, les groupa en une province ecclésiastique, divisée en quatre classes ou districts.

Au XVIIIe siècle, l’émigration s’étendit à des pays plus lointains (Hongrie, Pologne) et même hors d’Europe. Le Liégeois Louis de Geer se rendit en Suède où il rénova les fonderies. Il fit appel à de la main d’œuvre experte et des centaines de Liégeois s’y installèrent et y érigèrent des communautés réformées.

D’autres Wallons traversèrent l’Atlantique et bâtirent un fort à Manhattan, île des États-Unis formée par le fleuve Hudson, le Spuyten Duyvel Creek et l’East River, et où fut ensuite construite la cité de New York.

Le territoire environnant devint la province néerlandaise de Nouvelle Belgique. D’autres encore se rendirent à Batavia (Indonésie), au Brésil, en Guyane, au Zaïre et en Amérique du Sud.

À la fin du XVIIe siècle, des centaines de Borains se réfugièrent en Prusse et au Brandebourg, où ils fondèrent des Églises.

Cette situation prit fin lors du 3ème Traité de la Barrière en 1715 bien que les Provinces-Unies eussent tenté d’obtenir la liberté de conscience dans nos provinces. Celles-ci passèrent des Habsbourg d’Espagne aux Habsbourg d’Autriche. Toutefois, la liberté de culte fut reconnue aux soldats des garnisons hollandaises et des temples furent ouverts à Namur, Tournai, Menin, Furnes, Warneton, Ypres et Termonde. Pendant tout le XVIIIe siècle, les protestants belges profitèrent de la présence des aumôniers militaires pour faire célébrer les actes ecclésiastiques. Mais ceux qui résidaient loin des villes continuèrent à subir des tracasseries, qui parfois tournèrent au tragique. Ainsi à Dour en 1750, Gilles Laurent fut attaché à la queue d’un cheval et traîné sur la route : c’est de cette manière que mourut le dernier martyr protestant belge.

Seuls les réformés d’Outre-Meuse et de Lommel jouissaient d’une totale liberté, car ces régions avaient été cédées aux Provinces-Unies à la suite du traité de Munster.