Le Réveil du XIXe siècle

La liberté des cultes avait été proclamée par arrêté du gouvernement provisoire du 16 octobre 1830.

En 1834, un groupe de dissidents de l’Église de Bruxelles (Chapelle de la Cour) fit appel au pasteur Philippe Boucher ; celui-ci loua un local rue Verte (aujourd’hui rue de Bréderode) « vis-à-vis de la grille du palais (royal) au fond de la cour ». À son retour d’une collecte en Amérique, Boucher fit construire avec l’argent récolté le temple de l’Observatoire. Mais en 1837, une scission éclata dans la nouvelle communauté et un groupe se fixa rue du Jeu de Paume (près du Conservatoire de Musique) et déménagea ensuite rue Ducale et enfin rue Belliard.

Toutefois, dès 1836, des pasteurs avaient formé la Société Évangélique Belge, qui se livra à une intense prédication. en particulier en Wallonie. En 1849, la Société se transforma en Église Chrétienne Missionnaire Belge, dirigée par un Synode.

Par ailleurs, seize communautés laissées à elles-mêmes à la suite de la Révolution belge s’unirent en une Union des Églises Protestantes Évangéliques de Belgique, dont l’assemblée constituante institua un Synode le 22 avril 1839. Selon un texte du 6 mai 1839, non publié au Moniteur Belge, le Synode est reconnu comme seule autorité ecclésiastique de ces Églises et comme leur organe ; le rapport au Roi relève toutefois qu’il n’y a pas lieu d’accéder à la demande du Synode de donner la “sanction royale” aux statuts de l’Union.

Au cours du siècle, des Églises fondées par le Comité synodal d’Évangélisation se joignirent à ce Synode. En outre, des protestants qui ne voulaient pas se lier à une structure ecclésiale se réunirent dès 1854 en Assemblée des Frères.

Le constituant a donc établi les bases d’un État neutre en matière religieuse mais adoptant à l’égard des cultes et, plus récemment, des organisations laïques, une attitude positive dans le souci de respecter la liberté de conscience ; ce pluralisme admis par la confession dominante est remarquable Si l’on sait qu’en 1816 on évalue le nombre de protestants à 2 300 et que le recensement de 1846 (le dernier qui fasse mention des appartenances religieuses) indique qu’il y avait en Belgique 7 368 protestants et anglicans (ces derniers pour la plupart étrangers) sur une population de 4 337 160 habitants. Il y avait surtout 4 326 873 catholiques et aussi 1 336 israélites et moins de 2 000 individus de culte indéterminé ou non déclaré.

L’influence du Roi Léopold Ier, lui-même protestant et franc-maçon (ce n’est en effet pas incompatible) aurait-elle joué un certain rôle ? Et pourtant le Roi ne parvint pas à faire élire son candidat, le pasteur Scheler au poste de pasteur de l’Église de Bruxelles (Chapelle Royale) ; Scheler devint donc le bibliothécaire du Roi.

La loi organique du 4 mars 1870 sur le temporel des cultes confirme la reconnaissance des culte protestant et anglican (ainsi que celle du culte israélite, en attendant celle du culte islamique par la loi du 19 juillet 1974 et celle du culte orthodoxe par la loi du 17 avril 1985) et l’attribution de la personnalité civile aux administrations chargées de gérer les biens affectés à leur exercice. Cependant, les cultes eux-mêmes ne possèdent pas la personnalité juridique.

En 1875, le pasteur Nicolas de Jonge établit à Bruxelles une École de formation d’évangélistes, dont l’élève le plus illustre fut Vincent Van Gogh ; il lança ensuite l’association néerlandophone “Silo”, qui dirigea hui communautés, deux écoles, une clinique et une imprimerie.

En 1880, le pasteur James Hocart érigea l’Église Protestante Libérale de Bruxelles, qui fut reconnue par l’État en 1888. L’année suivante, l’Armée du Salut ouvrait son premier poste en Flandre.

À la fin du siècle, les baptistes s’implantèrent en Belgique, tandis que les Églises Réformées aux Pays-Bas créaient chez nous deux Églises.