La Réforme en Belgique, sous Charles Quint

Un prince né à Gand en 1500, Charles-Quint, futur empereur germanique, roi d’Espagne et de Sicile, hérite en 1515 des Pays-Bas. Il va régner sur la moitié du monde et en 1555, lors de son abdication, les Dix-sept Provinces passeront sous le régime espagnol de son fils Philippe II.

Le premier foyer de la Réforme apparut à Anvers, où les affirmations de Martin Luther furent diffusées par des moines du couvent des augustins, des marchands de la ligue hanséatique et des imprimeurs. Dès 1519, le grand humaniste chrétien Désiré Érasme signalait à Luther que ses livres étaient lus dans la ville, tandis que ses formulations évangéliques étaient propagées par le prieur Jacques Praepositus. La répression sévit durement et des moines furent incarcérés à Vilvorde. Le 1er juillet 1523, deux d’entre eux qui avaient refusé de se rétracter, Henri Voes et Jean van Esschen furent amenés le matin sur la Grand’Place de Bruxelles afin d’être ecclésiastiquement dégradés et l’après-midi ils furent brûlés vifs. La Belgique a ainsi le “triste honneur” d’avoir donné à la Réforme ses premiers martyrs.

Au cours de ces mêmes années, d’autres influences s’étaient exercées dans nos Provinces : celles de Martin Bucer, de Strasbourg, et d’Ulrich Zwingli, de Zurich, qui seront développées par Jean Calvin ; celles des anabaptistes Conrad Grebel de Melchior Hofmann de Menno Simons et de Balthazar Hubmayer de Waldshut. (L’anabaptisme déniait toute valeur au baptême des enfants et réclamait un second baptême à l’âge adulte insistant sur la décision individuelle et personnelle de l’individu ; les baptistes et les mennonites forment aujourd’hui la descendance de l’anabaptisme pacifique). Ce bouillonnement des idées, qui a plutôt l’aspect d’un mouvement populaire spontané, se muera cependant progressivement en institutions ecclésiastiques au cours du deuxième quart du 16e siècle et donnera naissance aux Églises luthériennes, réformées (ou calvinistes) et mennonites.

Le calvinisme, qui se manifeste dès les années 1540, apporte une orientation nouvelle au mouvement en luttant pour la liberté religieuse et la liberté politique. Il est organisé dynamique et démocratique. De Genève, Jean Calvin qui a épousé la liégeoise Idelette de Bure, suit avec attention le développement des communautés. En moins de vingt ans, le calvinisme occupera une place prépondérante parmi les Églises issues de la Réforme grâce à la transformation des petites assemblées secrètes et illicites en Églises structurées, dirigées par des “Consistoires” composés du pasteur et des laïcs (anciens et diacres) et le regroupement de ces consistoires ou conseils en un Synode national.