De la tolérance à la liberté

Le “Siècle des Lumières” chassait devant lui les ténèbres de l’obscurantisme ; le Conseil privé pratiquait la politique du “tolérantisme” et son chef-président, le comte Patrice de Nény, était porté à l’indulgence. envers les protestants.

Le 12 novembre 1781, l’empereur Joseph II promulguait un décret “sur la Tolérance”, qui accordait aux “acatholiques” la liberté de conscience, mais soumettait la liberté de culte à certaines restrictions. Seul l’exercice privé de la religion était admis. Le décret fut complété par des lettres circulaires, qui réglementaient les écoles et les mariages mixtes. Enfin en 1784, les protestants purent tenir leurs propres registres d’état-civil.

De 1789 à 1800, la Belgique changea continuellement de régime politique : États-Belgiques-Unis, restauration autrichienne, invasion française et annexion sous le nom de Départements réunis. Les mêmes fluctuations eurent cours dans le domaine religieux : retour à l’intolérance, liberté puis suppression des cultes. Il fallut attendre Napoléon Bonaparte pour que s’instaure une liberté définitive, grâce à la loi des Articles organiques des cultes protestants (18 germinal An 10/8 avril 1802). À noter que cette loi qui vise également les Églises de la confession d’Augsbourg (Églises luthériennes) n’a été implicitement abrogée que dans la mesure où elle contient des dispositions incompatibles avec la Constitution belge. Le département de l’Ourthe comprenait les oratoires d’Eupen, Hodimont, Olne-Dalhem, Kirscheiffen et Schleiden ; le département de Jemappes possédait les oratoires de Dour, Wasmes-Pâturages et Rongy. Dans le département de la Dyle, un oratoire fut crée à Bruxelles, tandis que des communautés non officielles existaient à Gand, Etichove, Horebeke et Mater dans le département de l’Escaut, et à Anvers dans celui des Deux-Nèthes ; en 1804, Napoléon octroya aux protestants bruxellois la Chapelle de la Cour édifiée sur ordre de Charles de Lorraine en 1760.

Le Congrès de Vienne de 1814 ayant réuni la Belgique et la Hollande sous Guillaume Ier, celui-ci réorganisa le culte protestant en Belgique et de nouvelles Églises se constituèrent à Bruxelles (en langue néerlandaise), à Liège, Huy, Tournai et Ostende, tandis que des aumôniers militaires étaient assignés à Bruges, Namur, Mons, Bouillon et Arlon. Toutes les Églises des provinces du sud étaient groupées dans la Direction ecclésiastique du Limbourg et réparties en deux classes ou districts Maastricht et Bruxelles.

À la veille de la Révolution Belge, 56 localités étaient pourvues d’une Église protestante.